Traversée (La)

France (2021)

Genre : Drame familial

Écriture cinématographique : Film d'animation

Lycéens et apprentis au cinéma 2023-2024

Synopsis

Un village pillé, une famille en fuite et deux enfants perdus sur les routes de l’exil… Kyona et Adriel tentent d’échapper à ceux qui les traquent pour rejoindre un pays au régime plus clément. Au cours d’un voyage initiatique qui les mènera de l’enfance à l’adolescence, ils traverseront de multiples épreuves, à la fois fantastiques et bien réelles pour atteindre leur destination.

Distribution

Emilie Lan Dürr : Kyona
Florence Miailhe : Kyona âgée
Maxime Gémin : Adriel
Arthur Pereira : Iskender
Serge Avédikian : Jon
Axel Auriant : Erdewan
Jocelyne Desverchère : Florabelle della Chiusa
Marc Brunet : Maxime della Chiusa
Aline Afanoukoé : Madame
Polina Borisova : Shaké
Mehdi Guerbas : Issawa
Samuel Debure: le père
Anne Cart : la mère
Hélène Vauquois : Marie
Jenny Bellay : Babayaga

Générique

Réalisation : Florence Miailhe
Scénario : Florence Miailhe et Marie Desplechin
Musique : Philipp Kümpel et Andreas Moisa
Montage : Julie Dupré et Nassim Gordji Tehrani

Autour du film

Un récit universel sur la migration

La Traversée s’inspire de souvenirs familiaux de Florence Miailhe, ses arrière-grands-parents fuyant les pogroms d’Odessa au début du XXe siècle, ou sa mère et son jeune frère à la débâcle de 1940, tentant de rejoindre la zone libre. Ces histoires intimes résonnent fortement avec les parcours de nombreuses familles d’aujourd’hui, Syriennes, Kurdes, ou Soudanaises… prêtes à affronter tous les périls pour retrouver un monde meilleur.

Si le film s’appuie sur de nombreuses références documentaires, il est traité avec tous les codes de la fiction pour le rendre universel. Située sur une carte imaginaire évoquant les contours de l’Europe, l’histoire pourrait se dérouler au siècle dernier comme aujourd’hui ou demain. Le récit est porté par la voix de Kyona âgée relatant « sa traversée » à partir de croquis réalisés dans un carnet, tout au long de son périple. On découvre un film sur les souvenirs, jouant constamment entre l’imaginaire et le documentaire, le quotidien et l’onirique.

Un conte initiatique

Chaque « chapitre » du film s’appuie sur la narration des contes pour traduire des situations réelles d’enfants sur le chemin de l’exil. Kyona et son frère, seuls dans la forêt, sont un peu des Hansel et Gretel. Le personnage de la sorcière se retrouve dans les traits de la vieille femme qui ouvre sa porte à Kyona, au fond des bois. Iskender avec les enfants des rues est tel un petit poucet et ses frères, abandonnés par leurs parents. Le couple acheteur d’enfants évoque les ogres de la pire espèce. Tels David Copperfield ou Oliver Twist de Charles Dickens, les héros apprennent à résister, à se battre, à perdre et à aimer. Leur épopée prend un caractère initiatique et leur voyage s’offre comme la métaphore du passage vers l’âge adulte.

Pistes de travail

Analyse de séquence

Cet extrait décrypte la manière dont le film d’animation de Florence Miailhe commence dans une ambiguïté savamment calculée. La réalisatrice joue avec les trucages et les illusions dans cette scène en trompe-l’œil habilement travaillée…

Expériences

La peinture animée, par Florence Miailhe

Ma technique de peinture animée est un peu comme un numéro d’équilibriste sans filet. Je peins à l’huile sur différents niveaux de vitres, directement sous la caméra, avec tout ce que ça implique d’intuitions, de hasards et d’exigences. Le processus paraît simple : un premier dessin est photographié puis modifié légèrement sur la même surface. Ce dessin modifié est photographié à nouveau. On filme cette peinture qui évolue lentement, image par image, au fur et à mesure des changements. Il y a peu de possibilités de retours en arrière. Je dessine le mouvement par transformations successives, touche après touche, créant une matière qui agit, vibre, produit ses propres intensités, ses propres couleurs. Je profite des accidents qu’elle m’offre, Je me laisse guider par elle. Le détail des mouvements s’improvise au gré des idées qui surgissent…

Jusqu’à présent, je travaillais seule ou presque. Mais pour un long métrage d’1h20, à 24 images par seconde, il fallait une équipe ! Comment faire passer à d’autres cette technique qui est la traduction d’un travail personnel ? Dix décoratrices puis quinze animatrices et animateurs ont travaillé sous ma direction. Il fallait garder la cohérence de l’ensemble, tout en donnant à chacun la possibilité d’exprimer son talent propre. Cela a été l’un des enjeux principaux du film durant les trois ans de sa réalisation.