Incendies

Canada, France (2010)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Lycéens et apprentis au cinéma 2012-2013

Synopsis

À la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan se voient soumettre deux enveloppes : l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l’autre à un frère dont ils ignoraient l’existence.

Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de sa mère, enfermée dans un mutisme inexpliqué les dernières semaines précédant sa mort. Elle décide immédiatement de partir au Moyen-Orient exhumer le passé de cette famille dont elle ne sait presque rien…

Simon, lui, n’a que faire des caprices posthumes de cette mère qui s’est toujours montrée distante. Mais son amour pour sa soeur jumelle le poussera bientôt à rejoindre Jeanne et à sillonner avec elle le pays des ancêtres sur la piste d’une mère bien loin de celle qu’ils ont connue.

Générique

Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Denis Villeneuvea avec Valérie Beaugrand Champagne d’après la pièce de Wajdi Mouawd
Image : André Turpin
Son : Jean Umansky
Montage : Monsique Dartonne
Musique : Grégoire Hetzel
Production : Micro_scope
Distribution : Happiness Distribution
Couleurs
Durée : 2h10
Sortie en France : 12 janvier 2011
Interprétation
Nawal Marwan / Lubna Azabal
Jeanne Marwan / Mélissa Désormeaux-Poulin
Simon Marwan / Maxim Gaudette
Notaire Jean Lebel / Rémy Girard
Abou Tarek / Abdelghafour Elaaziz
Chamseddine / Mohamed Majd
Notaire Maddad / Allen Altman

Autour du film

« Pour résoudre une équation, il est inutile de commencer par vouloir déterminer les inconnues. » Venue chercher de l’aide auprès du professeur de mathématiques dont elle est l’assistante, Jeanne n’obtient que ce conseil sibyllin. Quelques heures plut tôt, devant le notaire, à la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon, son frère jumeau, se sont vu remettre deux enveloppes, l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort avant leur arrivée au Canada, l’autre à un frère dont ils ignoraient jusqu’à l’existence. Pour déchiffrer cette énigme à deux inconnus, leur mère Nawal, finalement emportée par la tristesse qui la rongeait depuis des années, ne leur a laissé qu’un vieux passeport, un crucifix et une photo d’elle, jeune, avec une inscription en arabe à l’arrière-plan. Simon refuse, dans un premier temps, cet héritage effrayant, et laisse sa soeur partir seule au Moyen-Orient pour tenter de percer à jour les douloureux secrets de famille.

Le Québécois Denis Villeneuve a transformé la pièce de son compatriote Wajdi Mouawad en une enquête tendue à l’extrême, où le destin de Nawal, mère donc, mais aussi terroriste et prisonnière de guerre, s’éclaire au gré de retours en arrière à la violence fulgurante. Le pays en question n’est jamais nommé, pour mieux brouiller les pistes et les cartes, et conférer une puissance quasi mythologique au récit. On devine qu’il s’agit du Liban, mais les mêmes crimes ne se répètent-ils pas en Palestine ou en Irak ? De la scène à l’écran, les longs monologues poétiques deviennent des moments bruts, intenses. Comme cette scène où des enfants sont les cibles d’un sniper dont on constate, à la fin, qu’il est à peine plus âgé qu’eux…

Le spectateur évolue ainsi à vue, sans jamais avoir d’avance sur les jumeaux, contraint, comme eux, d’encaisser les révélations au fur et à mesure, de démêler sans cesse le vrai du faux. « A qui appartient cette armée ? » demande, telle une longue plainte lancinante, la chanson de Radiohead (You and whose army) sur des images ­d’orphelins fraîchement tondus et promis à devenir ennemis les uns des autres, selon le clan, chrétien ou musulman, qui les enrôlera en premier. Qui sont les victimes, qui sont les bourreaux ? Telle est la question que pose ce film de guerre implacable comme une tragédie grecque.

Jérémie Couston / Télérama 12/01/2011

Incendies : comment refléter au cinéma la tragédie du Proche-Orient ?

Quand se termine la projection d’Incendies, adapté de la pièce du Libanais Wajdi Mouawad par le Québécois Denis Villeneuve, on réalise qu’on vient de voir une tragédie. Le voyage de ces jumeaux, Jeanne et Simon, précipités de leur tranquille province dans la fournaise d’un pays du Proche-Orient défiguré par la guerre suit la courbe inflexible des destins antiques qui font que chaque révélation dévoile un malheur tout en annonçant un autre.

Au pied de l’écran, ce sens du tragique ne fait qu’affleurer par instants. Le reste du temps, il est masqué par le savoir faire du cinéma d’action et d’actualité. En lisant la critique que donnait Michel Cournot de la pièce de Wajdi Mouawad en 2004 lors de sa création à Paris, on devine l’ordonnancement implacable du temps et de la douleur. Sur l’écran, on est perpétuellement distrait par le chatoiement du réel et de la fiction, par l’irruption des artifices du cinéma dans un récit qui veut s’abstraire de la réalité historique pour parvenir au mythe.

A la mort de leur mère, Nawal, Jeanne et Simon Marwan sont convoqués par le notaire pour qui elle travaillait. Elle leur a laissé deux lettres, demandant à l’une de retrouver son père, à l’autre de retrouver son frère. Simon refuse cette tâche et Jeanne part seule pour ce pays, qui n’est jamais nommé, mais dont l’histoire ressemble à celle du Liban.

Le scénario retrace le parcours de Nawal, jeune chrétienne qui a eu un enfant d’un réfugié (là non plus, les Palestiniens ne sont jamais nommés) a été ostracisée, s’est engagée en politique contre son camp et a payé cet engagement d’un prix atroce.

Les épisodes de cette guerre civile où chaque camp cherchait l’éradication de l’autre, tenant les enfants pour des cibles légitimes, les femmes comme les instruments de la puissance du clan adverse, sont proches de ceux qu’a connus le Liban (et bien d’autres pays de la planète).

Denis Villeneuve les met en scène avec la volonté imprudente de jeter le spectateur dans cet enfer. L’un des (le seul ?) moyens d’y parvenir serait d’arriver au niveau d’abstraction de la tragédie. La mise en scène utilise plutôt la grammaire du cinéma américain, avec son souci du détail qui fait vrai, avec son temps découpé en fonction du suspense.

Ces rues jonchées de gravats et de carcasses de voitures calcinées, ces silhouettes menaçantes de combattants masqués font penser aux films que Ridley Scott (Mensonges d’État) ou Paul Greengrass (Green Zone) ont réalisé sur des thèmes proche-orientaux.

Mais ici, il ne s’agit pas de mettre à la portée des spectateurs de multiplexes ce qu’ils ne veulent d’habitude pas regarder. L’entreprise est plus ambitieuse, on devine que Mouawad a voulu inscrire les épreuves libanaises dans la tradition tragique qui tente de donner une forme au chaos humain.

Les instruments qu’utilise Denis Villeneuve pour imposer cette volonté au cinéma sont inopérants. A une exception : le visage marqué de Lubna Azabal, sa force inépuisable laissent entrevoir ce que pourrait être une tragédie du Proche-Orient au cinéma.

Thomas Sotinel / Le Monde 11/01/2011

Vidéos

Nawal et Jeanne : échos et raccords

Catégorie :

Pour retrouver son père, c’est sur les pas de sa mère que Jeanne accomplit son voyage. Comment Denis Villeneuve imbrique-t-il le récit du passé de Nawal avec celui du présent de Jeanne ?
Cette vidéo montre les six moments où l’on passe d’un personnage à l’autre : le réalisateur utilise la bande son, les cartons, la composition des plans, l’attitude des personnages pour créer des effets de rupture ou de continuité. Il s’agit plus souvent de continuité, ce dont témoignent les échos entre les deux itinéraires.

Cette vidéo a été conçue en complément de la rubrique RÉCIT en page 9 du livret enseignant Lycéens et apprentis au cinéma.
Réalisation : Ciclic

Jeu de piste

Catégorie :

Cette vidéo montre Incendies sans les plans dans lesquels les personnages apparaissent. On pourra la montrer aux élèves avant la projection. Quelles histoires peut-on s’imaginer ? Peut-on identifier les époques et les lieux du récit ? Ces derniers sont-ils réels ou imaginaires ? À quel genre le film appartient-il ?
Privé des personnages, on peut se focaliser sur d’autres éléments : la bande son instaure une ambiance et raconte des choses ; des oppositions chromatiques et des récurrences, voire des plans identiques sont également des indices qui permettent d’entrevoir un récit fonctionnant comme un jeu de piste.

Réalisation : Ciclic.

Outils

AFCAE (document à télécharger)
Télérama (interview, extraits video)
Zéro de contuite (sur la pièce mise en scène par Stanislas Nordey)