Beach Flags

France, Iran (2014)

Genre : Autre

Écriture cinématographique : Court-métrage, Film d'animation

Collège au cinéma 2022-2023

Synopsis

Vida est une nageuse sauveteuse iranienne de dix-huit ans. Favorite dans son équipe, elle est décidée à se battre pour décrocher la première place à une compétition internationale en Australie. Mais, avec l’arrivée de Sareh, aussi rapide et talentueuse qu’elle, elle va être confrontée à une situation inattendue.

Générique

Réalisation : Sarah Saidan
Création graphique : Sarah Saidan
Animation : Jumi Yoon, Eloïc Gimenez, Armelle Mercat
Décors : Jean Bouthors
Musique : Yan Volsy
Voix : Behi Djaniti Ataï, Zahra Amir Ebrahimi, Soheila Emdadian

Autour du film

Vida, la jeune héroïne de Beach Flags… porte bien son nom. Débordante d’énergie, plus rapide que toutes, elle est la favorite d’une équipe de nageuses-sauveteuses qui se prépare à l’épreuve du “beach flag”, en vue d’une prochaine compétition internationale. En Iran, cette course sur la plage est la seule épreuve à laquelle les femmes ont le droit de participer, car elles peuvent concourir habillées et voilées. Toutes les épreuves en maillot de bain leur sont, quant à elles, interdites.

Les thèmes de la noyade et du sauvetage déclinés tout au long du film font ressentir de façon subtile combien cet entraînement sportif pourtant hyper codé et encadré peut représenter un espace de liberté pour ces jeunes Iraniennes. Gagner l’épreuve, c’est pour l’une d’entre elles la possibilité de partir au loin, jusqu’en Australie. Leur course éperdue vers la mer pour s’emparer d’un drapeau blanc devient alors une image forte de ce besoin d’émancipation. S’entraînant dans un enclos qui les protège du regard des hommes, les femmes courent pour elles-mêmes, mais aussi pour toutes les autres ; et la solidarité féminine aura bien vite raison de l’esprit de compétition.

Les à-plats noirs des voiles portés par cette petite communauté de femmes semblent se dissoudre peu à peu dans la douceur des couleurs et des lumières qui baignent le film. Dans ce même mouvement, l’omniprésence du motif de l’eau – de l’étendue infinie de la mer au quadrillage des rizières, des profondeurs angoissantes d’un bassin de piscine à la tristesse d’une flaque – donne aux images une fluidité, une sensualité qui contraste avec la rudesse de la réalité ici décrite. Débutant par une épreuve cauchemardesque d’apnée et se terminant par un cri de victoire dans un haut-parleur, Beach Flags… dénonce avec finesse l’absurdité de la société iranienne et, grâce à l’énergie de ses figures féminines, nous fait entrevoir une belle lueur d’espoir.

(texte : Amanda Robles- Brefcinema)

Pistes de travail

Le coup de crayon de Sarah Saidan, jeune réalisatrice formée à Téhéran, puis à La Poudrière, n’est pas sans rappeler celui de Marjane Satrapi. Épure du trait, densité des noirs, comme pour mieux mettre en valeur la détermination et la vitalité des personnages.

La condition d’une jeune fille dans l’Iran des mollahs, avait déjà été abordée dans Persepolis par Marjane Satrapi. Née en Iran l’année précédant la révolution khomeyniste, Sarah Saidan aborde la thématique à son tour, en inscrivant sa narration dans l’époque contemporaine et en trouvant sa propre originalité. Son graphisme, en premier lieu, apparaît très personnel, et sa grâce frappe d’emblée, jouant habilement du cadre social et culturel rigide en regard du sujet central de son film, plutôt inattendu : des jeunes filles s’entraînant pour un concours international de sauvetage en mer. Pas de maillots de bain évidemment, pour ces audacieuses, mais des tenues couvertes jugées plus décentes et un voile. L’inepte tradition religieuse et l’oppression qu’elle fait peser sur les femmes est mise à mal par la réalisatrice de manière particulièrement fine. Une rivalité sportive entre deux jeunes filles, sert de prisme pour évoquer la question des mariages arrangés ou celle du refus de l’ouverture vers l’extérieur. C’est à tous les niveaux, une vraie petite perle animée que cet aérien Beach Flags qui fait flotter le pavillon de la liberté.

(texte : Amanda Robles- Brefcinema)