Maman pleut des cordes

France, Russie (2021)

Genre : Autre

Écriture cinématographique : Programme de courts-métrages

École et cinéma 2024-2025

Synopsis

À voir dès 5 ans

Jeanne, 8 ans, est une petite fille au caractère bien trempé. Elle vit seule avec sa mère, qui traverse une dépression. Celle-ci décide de se faire aider et doit envoyer sa fille passer les vacances de Noël chez sa Mémé Oignon. Mais Jeanne n’a pas compris ce qui arrive à sa mère, et elle part en traînant les pieds : à la campagne, il n’y a rien à faire, et la maison de Mémé pue l’oignon ! Pourtant, contre toute attente, les vacances s’avèrent être une véritable aventure. Jeanne fait la rencontre d’amis inattendus : Léon et Sonia, deux enfants du coin, et surtout Cloclo, l’immense et mystérieux vagabond qui vit dans la forêt. Cloclo ne sent pas très bon mais son talent pour les blagues et la musique n’a pas son pareil ! Grâce à Léon, Sonia, Cloclo et Mémé Oignon, Jeanne va apprendre que la vie peut être une fête. En apprenant à s’ouvrir à ses nouveaux amis, il se pourrait qu’elle inspire à sa mère la force pour sortir en fanfare de l’hôpital des gens tristes.

+ En avant programme, trois films courts qui parlent de l’enfance, de la famille et de la nature :

Le Monde de Dalia de Javier Navarro Aviles (2020, 3′)
Dalia découvre avec émerveillement la serre tropicale mais perd rapidement son père de vue. Un monde fantastique se déploie alors devant elle.

Tout sur maman de Dina Velikovskaya (2015, 7′)
L’histoire d’une mère qui a déjà tant donné à ses enfants qu’il semble ne lui rester plus rien. Mais la vie lui offre soudain de nouvelles opportunités.

Le Réveillon des Babouchkas de Natalia Mirzoyan (2019, 8′)
Maschunya reste à contre-cœur chez sa grand-mère pour fêter le réveillon. La soirée prend vite une autre tournure quand arrivent les invitées…

Distribution

Avec les voix de :
Yolande Moreau : Mémé Oignon
Siam Georget Rolland : Jeanne
Arthur H : Cloclo
Céline Sallette : Maman

Générique

Réalisation : Hugo de Faucompret
Scénario : Hugo de Faucompret et Lison d’Andréa
Musique : Pablo Pico
Création graphique et storyboard : Hugo de Faucompret
Design personnages : Jules Rigolle

Autour du film

Les émotions

Maman pleut des cordes traite avec finesse la question de la dépression d’un parent à hauteur d’enfant. Le film propose une mise en scène qui va de paire avec les émotions ressenties par les personnages. Cette analogie avec la météo intervient dès le titre du programme. Au début du film, la pluie est omniprésente. Puis, peu à peu, le ciel se dégage au fil de l’histoire. On retrouvera néanmoins un orage qui permettra d’accentuer la peur de Jeanne quand elle rencontre Cloclo.

La mise en scène

La dépression est montrée à l’image mais les dialogues se veulent rassurants. Mémé Oignon permet donc à Jeanne de comprendre les événements en ajoutant une touche d’humour semblable à celle des enfants :  » Maman est triste comme une crêpe sèche au gras de jambon.  » ou encore  » Une dépression c’est quand tu rumines tout le temps des idées noires, que ton cœur est sec comme une vieille crêpe de la veille et tes muscles tout ramollos comme de la couenne de jambon . » Le réalisateur joue avec l’image et le son. Les décors peints à la main permettent des nuances de couleurs et insistent sur la végétation qui semble être magique (ex : la forêt qui chante). La musique très présente remplace souvent la parole. Cela accentue la solitude de Jeanne au début du film. Un rythme s’opère entre image et son jusqu’à ne faire qu’un, notamment quand Cloclo rit et fait trembler le décor par sa grosse voix.

Un titre poétique

Le titre de Maman pleut des cordes en dit long sur son histoire. Connais-tu l’expression “pleuvoir des cordes” ? Cela signifie que la pluie tombe à grosses gouttes. Ici, le réalisateur a décidé de jouer sur les mots en remplaçant “pleuvoir” par “pleurer”. Il fait ainsi le lien avec la tristesse de la maman de Jeanne.

Un univers original

Il en a fallu du temps pour inventer les paysages que traverse Jeanne ! Et même si tout ce que tu vois à l’écran a été travaillé à l’ordinateur, avant, il a fallu imaginer les décors et les personnages. Pour cela, on commence par un dessin. Ou plutôt beaucoup, beaucoup de dessins. Pour créer cette Normandie imaginée, les animateurs et dessinateurs ont peint plusieurs décors. Ils ont d’ailleurs choisi l’aquarelle (une peinture à l’eau) pour avoir de belle couleur et jouer sur la transparence.

De la musique !

Au tout début, le réalisateur Hugo de Faucompret créait des clips musicaux. On comprend alors mieux l’importance de la musique dans son court-métrage mais aussi, et surtout, des voix des personnages. C’est le musicien multi-instrumentiste, Pablo Pico, qui a écrit la musique de Maman pleut des cordes. Peut-être reconnaîtras-tu des tonalités de certains des autres films pour lesquels il a composé : Adama, L’extraordinaire voyage de Marona, Cœur fondant et les programmes de courts-métrages En sortant de l’école.

Un casting aux petits oignons

Sacré casting de stars pour jouer les voix de Maman pleut des cordes ! Le chanteur Arthur H prête sa voix grave au géant Cloclo. L’actrice Yolande Moreau, elle, devient Mémé Oignon, avec son ton enjoué et chaleureux. Céline Sallette, elle aussi actrice, fait la maman de Jeanne. Le réalisateur s’est d’ailleurs beaucoup inspiré du caractère de la jeune doubleuse de Jeanne, Siam Georget, pour écrire son personnage. (Benshi)

Pistes de travail

Ce titre poétique renferme un film tendre qui aborde avec finesse la question de la dépression d’un parent. À sujet difficile, histoire lumineuse : bien que Maman soit “triste comme une crêpe sèche au gras de jambon” (Jeannou a le sens de la formule !), le film insuffle espoir et amour au cœur du quotidien de la jeune fille et souligne la normalité de la situation.

Les superbes décors, peints à l’aquarelle, subliment le récit avec leurs couleurs lumineuses. Dans la maison, il y a des plantes partout : dans la serre, dans la cuisine, devant la demeure… Avec ces teintes si significatives, les sentiment se glissent au cœur du récit. Bleu, couleur de la tristesse, vert, couleur de l’espoir… Maman pleut des cordes ne parle pas seulement de l’absence mais surtout de l’absentéisme des parents, trop absorbés par leurs vies pour réellement prêter attention à leur fille. Et ce malgré la véhémence de Jeanne. Décidément, les adultes ne sont pas toujours des gens très fiables… C’est alors le son qui remplit ce vide qu’elle ressent. Et avec lui, c’est bientôt la joie qui s’immisce.

Dans cette jolie petite maison perdue au milieu de nulle part, à l’image de sa propriétaire rigolote et farfelue Mémé Oignon, le changement de décor est total et pourtant il se fait en douceur. Ici, la nature est partout, quasiment magique, et envahit la maison. Alors que Jeanne explore les lieux et se laisse peu à peu amadouer par ce nouvel environnement, le récit se noue. Atterrir dans le bazar de sa grand-mère était la plus belle chose qui puisse arriver à la jeune fille. Dans cet univers de saltimbanque, coloré et musical, la jeune casse-cou découvre une autre vie, et bien qu’elle n’en soit pas convaincue, c’est pour son plus grand bien. En rencontrant Sonia et Léon, deux petits voisins du quartier, mais également en se frottant à la générosité de Mémé Oignon et de Cloclo, Jeanne découvre la force du vivre ensemble et la solidarité, de façon presque magique. C’est un beau discours sur la transmission que nous amène ces personnages aussi divers que variés. C’est ainsi que la jeune fille va donner la force nécessaire à sa mère d’entamer sa guérison.

Improvisations sur des casseroles et folles paroles sous les étoiles et lampions closent le film au son de la chanson “Elle a mangé la tarte aux oignons”. L’intensité et le rythme du film génèrent une joie communicative que l’on emporte avec soi alors que l’écran s’éteint. En espérant bientôt revivre une telle aventure… (Benshi)