Raisins de la colère (Les)

États-Unis (1939)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives CAC, Collège au cinéma 2010-2011

Synopsis

Tom Joad sort de prison après y avoir purgé une peine de quatre ans pour meurtre en état de légitime défense. Arrivé à la maison de ses parents, il découvre que celle-ci est vide. Un voisin lui explique que les terres de la région ont été rachetées par une puissante société agricole et que ses parents ont trouvé refuge chez un oncle. La famille réunie décide de partir vers l’Ouest, pour gagner la Californie où, parait-il, on peut encore trouver du travail. Tous s’entassent dans un vieux camion et le voyage commence.

Générique

Titre original : The Grapes of Wrath
Réalisateur : John Ford
Scénario : Nunnally Johnson, d’après le roman de John Steinbeck
Décors : Thomas Little
Image : Gregg Toland
Son : George Leverett, Roger Haman
Montage : Robert Simpson
Musique : Alfred Newman
Conseiller artistique : Tom Collins
Production : 20th Century Fox
Producteurs : Darryl F. Zanuck, Nunnally Johnson
Durée : 128 mn
Sortie : 1940
Noir et blanc
Interprétation
Henry Fonda / Tom Joad
Jane Darwell / Ma Joad
John Carradine / Casey
Charles Grapewin/ Grampie Joad
Darris Bowdon / Rosadharn
Russel Simpson / Pa Joad
O.Z. Withehead / Al
John Qualen / Muley
Eddie Quillan / Connie
Jeffie Tilbury / Grand Ma Joad
Frank Sully / Noah

Autour du film

Certains diront que le lyrisme qui coule de ces Raisins de la colère n’est pas l’œuvre de Ford : au fond, le roman de Steinbeck contenait déjà toutes ces thématiques. Mais derrière le texte, il y a une importante phase de création. On pourrait reprendre l’exemple de la séquence d’introduction du film (Tom Joad marchant vers un carrefour), mais il faut également évoquer les plans rapprochés sur les visages des protagonistes qui permettent à Ford de montrer toute la détresse humaine. Détresse qu’il oppose à l’opulence des citadins en utilisant la profondeur de champ : ainsi cette scène dans la station essence qui voit Pa Joad demander une miche de pain tandis qu’en arrière plan les badauds l’observent avec incrédulité ! Il faut aussi mentionner ces plans larges qui montrent l’espace dans lequel se déplace la famille Joad mettant ainsi en exergue la difficulté de leur tâche. Des plans dessinant l’immensité et l’âpreté de l’Ouest américain, des plans à la beauté infinie et sublimée par la superbe photographie de Gregg Toland (qui signera un an plus tard celle de Citizen Kane). Ford a une approche quasi-documentariste qui nous plonge sans la moindre emphase au cœur de la misère. Ford dresse un tableau sensible et bouleversant de cette Amérique délaissée par le système. On peut voir, à travers ce film, une page de l’histoire du capitalisme américain. Chez John Ford, il faut lutter pour vivre. L’American dream n’existe pas, c’est le drame du Paradis perdu.

Le film s’achève néanmoins sur une note d’espoir, allant ainsi à l’encontre du roman de Steinbeck dont la fin est plus pessimiste. Mais le film et le roman ont en commun la façon cinématographique de saisir les personnages, ceux-ci sont simplement dépeints de l’extérieur, dans leur comportement, et ne sont jamais appréhendés et expliqués par la psychologie traditionnelle. À l’écran, cette attitude d’extrême objectivité se signale par la suprématie de l’image sur les dialogues.

John Ford déploie son art en s’entourant d’une troupe d’acteurs qui lui est chère. Il faut évidemment citer Henry Fonda qui signe ici une de ses plus belles prestations.

Le tournage du film, qui se présente comme un des premiers grands « road movies » de l’histoire du cinéma américain, débute en Oklahoma pour se terminer en Californie. Ford et son équipe suivent le chemin des Oakies et tournent l’essentiel des séquences en milieu naturel. Au terme de la réalisation, le film est rapidement monté et sort sur les écrans en mars 1940. Le succès est au rendez-vous, le film remporte deux Oscars et aujourd’hui encore, Les raisins de la colère est acclamé par la critique comme un chef-d’œuvre d’humanisme.
DVD classik

Adaptant le roman de John Steinbeck, John Ford met à nu le mécanisme de l’oppression. Chassés de leurs terres par une société anonyme, les paysans sont rejetés dans la masse également anonyme du prolétariat.
Lorsqu’on veut lui faire dire aujourd’hui qu’il a introduit un message social dans Les Raisins de la colère, il se rebelle violemment :  « Je suis du prolétariat, dit-il, je sors d’une famille de paysans (…). J’aime l’Amérique. Je suis apolitique … je m’intéresse seulement à la famille Joad en tant que caractères. J’avais de la sympathie pour les gens comme les Joad, et je leur ai beaucoup rendu service financièrement, mais Les Raisins de la colère ne m’intéressaient pas en tant qu’étude sociale » .
Le drame de la famille Joad est avant tout moral. Et tout le sujet du film se concentre dans les rapports de Tom et de sa mère…
Ford réconcilie des valeurs contradictoires. Elle représente l’équilibre, la permanence, la résistance de la cellule familiale à tout ce qui, de l’extérieur, menace d’en compromettre l’unité. Elle est l’âme vivante, active, de la famille. Tom en est l’esprit.
Chacun à leur manière la mère et le fils incarnent le destin de la famille, stabilité et changement également nécessaires, résignation et révolte, tradition et révolution.
Claude-Jean Philippe / Télérama, 24 avril 1966

De l’Oklahoma à la Californie, la famille Joad va donc traverser une partie des Etats-Unis, découvrant en chemin un véritable microcosme de la vie américaine. La mort, la pauvreté mais aussi l’honneur et un espoir indéfectible en un avenir meilleur vont être les compagnons de voyage de ces fermiers chassés de leurs terres et partis vers le grand rêve californien.
André Moreau / Télérama 1979

Vidéos

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