Wardi

France, Norvège, Suède (2019)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Film d'animation

Collège au cinéma 2021-2022

Synopsis

Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui con e la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Mais comment chaque membre de la famille peut-il aider à sa façon la petite lle à renouer avec cet espoir ?

Générique

Réalisation : Mats Grorud
Scénario : Mats Grorud, Trygve Allister Diesen, Ståle Stein Berg
Direction artistique : Rui Tenreiro
Musique : Nathanaël Bergèse
Studio d’animation : Foliascope
Supervision de l’animation en 2D : Hefang Wei
Supervision de l’animation en volume : Pierre-Luc Granjon
Prise de vues : Sara Sponga / Nadine Buss
Montage : Silje Nordseth / Carsten Meinich / Anders Bergland / Margrete Vinnem
Son : Cloudberry, par Christian Holm, Erik Bjerknes
Durée : 1h17

Autour du film

Entretien avec Mats Grorud

D’où vient l’idée de ce film ?
Ma mère a travaillé comme infirmière au Liban pendant la guerre, dans les années 1980. Quand elle est rentrée en Norvège, elle nous a raconté la vie des enfants dans les camps. Elle nous a dit qu’un jour, la paix reviendrait et que nous irions tous ensemble là-bas. En 1989, nous avons déménagé au Caire. J’avais 12 ans et j’ai été scolarisé dans une école égyptienne avec ma petite soeur. Je me souviens très bien avoir été à Jérusalem et à Gaza au moment de Noël en 1989. Il neigeait et à chaque coin de rue, des enfants palestiniens faisaient le V de la victoire avec leurs mains. Des enfants de mon âge. C’était pendant la première Intifada.

Quelle est votre expérience personnelle du camp de Burj El Barajneh ?
Je me suis rendu au Liban et j’ai visité les camps pour la première fois à la fin des années 90, à l’occasion d’un voyage d’études organisé par le Comité pour la Palestine, une organisation de solidarité pour les Palestiniens installés en Norvège. Cette organisation proposait un programme qui permettait de séjourner dans les camps et de travailler pour des ONG. En 2001, une fois mes études en animation terminées, je suis allé au Liban pendant un an. Je travaillais dans une école maternelle financée par une ONG dans le camp de Burj El Barajneh, à Beyrouth. J’animais aussi des ateliers pour les enfants dans différents camps avec d’autres ONG palestiniennes.

Quand avez-vous pensé faire de ces rencontres un film ?
J’ai commencé à interroger mes amis dans les camps, les questionnant sur leur vie et leur parcours : d’où venaient-ils ? Quelles étaient leurs histoires ? Comment vivaient-ils aujourd’hui et quelle était leur vision de l’avenir ? À partir de ces entretiens, j’ai travaillé sur un documentaire à propos du camp intitulé Lost in time, lost in place, tout en continuant à chercher un moyen de raconter ces histoires. En 2010, j’ai rencontré mon producteur norvégien, Frode Søbstad, et une idée a commencé à prendre forme…

Une idée de film ?
Oui, à travers trois personnages principaux : Wardi, son arrière-grand-père Sidi et le mystérieux Pigeon Boy. Je souhaitais créer un lien entre la nouvelle et l’ancienne génération. Parmi les personnes expulsées de Palestine en 1948, de moins en moins sont encore en vie, il ne fallait plus tarder. Au départ, nous voulions réaliser un court métrage, mais au fur et à mesure que le scénario avançait, je souhaitais inclure plus de scènes et de dialogues et mieux montrer la situation des Palestiniens qui vivent dans les camps. Il nous est apparu à mon producteur et moi qu’un long métrage serait plus approprié.

Quels thèmes se sont dégagés du projet ?
Nous souhaitions faire un film sur le passage du temps : le passé, le présent et le futur. Montrer que des enfants sont nés dans ce camp, privés de droits, sous le statut de réfugiés. La citoyenneté libanaise ne leur est pas accordée ; ils ne peuvent donc rien posséder et sont exclus du marché du travail. Ces personnes ont énormément souffert. Elles ont perdu des membres de leur famille ou les ont vus partir dans différents endroits du monde. Elles sont bloquées dans le camp, dans l’attente d’une solution politique. Elles se sentent oubliées. Elles sont réfugiées depuis 1948. La plupart ont encore les clés de leur maison et leur titre foncier. Une décision de l’ONU les autorise à retourner chez elles, mais il leur est impossible de quitter le Liban, sauf si elles se marient avec un étranger ou immigrent illégalement en Europe. Mais je tenais aussi absolument à dépeindre des personnes débordant d’humour, de chaleur et de bienveillance. Je voulais montrer leurs espoirs, qui contrastent avec tout ce qu’elles ont enduré. La vie de ces gens est très dure mais j’ai profité de beaucoup de leur qualité, de leur accueil et de l’inventivité qu’ils déploient pour survivre. Il n’était pas question que ce ne soit pas dans le film !

Dans quelle mesure les histoires et les personnages du film sont-ils authentiques ou biographiques ?
Les personnages sont tous inspirés de mes amis et de leur famille. J’ai relié des commentaires entendus dans le camp à des informations tirées des entretiens que nous avons menés. Certains personnages proviennent d’une source d’inspiration plus directe que d’autres bien sûr. Plusieurs histoires sont racontées sous la forme de flashbacks – elles s’inspirent d’événements réels que j’ai pu lire dans des biographies et des documents d’archives puisant dans l’histoire orale des réfugiés installés dans les camps. Les personnages de Wardi et de son arrière-grand-père, par exemple, sont très largement inspirés d’une de mes amies, Hanan Bairakji, et de sa relation avec son grand-père. Il est décédé il y a longtemps, mais a permis d’esquisser le personnage de Sidi. J’ai utilisé les gens et leurs histoires comme source d’inspiration ; le film ne donne donc pas une représentation fidèle de personnes ou d’événements réels. Certaines répliques du film sont des citations directes tandis que d’autres s’inspirent des histoires et des détails qui m’ont été racontés. Mon objectif était de réaliser un film qui semble aussi réaliste que possible aux yeux des Palestiniens qui vivent au Liban. Il entremêle différentes personnes, différentes histoires et différentes situations vécues dans le camp.

Comment avez-vous créé l’environnement dans lequel évoluent les personnages ?
Le camp sert de décor au film. Nous avons vu les premières tentes se dresser suite à la Nakba [ mot arabe qui signifie « catastrophe » et qui désigne l’exode forcé d’environ 700 000 Palestiniens entre 1947 et 1948 ] et, depuis, le camp ne cesse de grossir. Nous avons déployé des efforts considérables pour trouver des photos des camps datant des 70 dernières années. J’ai commencé mes recherches en récupérant des photos auprès de ma mère qui a travaillé comme infirmière dans les camps dans les années 80 et au-delà.

Quelles ont été les plus grandes difficultés techniques ?
Il nous a fallu un peu de temps pour trouver comment faire parler les marionnettes et leur faire exprimer des émotions. Après plusieurs essais en Pologne, nous avons finalement fait toute l’animation à Bourg-lès-Valence, au sein d’un grand studio français – Foliascope –, grâce à la société de production française Les Contes Modernes. L’équipe de Foliascope, composée d’animateurs très compétents dirigés par Pierre-Luc Granjon et Hefang Wei, a réalisé l’animation en 2D et l’animation des marionnettes. Nous avons travaillé en collaboration pour fabriquer différentes bouches et des sourcils mobiles en conservant les mêmes visages. Une autre difficulté consistait à associer la technique de la 2D au monde des marionnettes. Il nous a fallu du temps pour déterminer comment procéder, mais avec l’aide du directeur artistique Rui Tenreiro et de l’équipe en France, nous avons finalement trouvé des solutions qui, je l’espère, fonctionnent. Il s’agissait surtout de déterminer à quel moment rapprocher les deux mondes ou, au contraire, rompre le style.

Quelle est la situation des enfants qui vivent actuellement dans le camp ?
Burj El Barajneh abrite quelque 21 000 enfants, soit environ 43 % de la population totale du camp – sans compter les 20 000 réfugiés récemment arrivés de Syrie qui vivent dans un kilomètre carré. Leur situation est donc très problématique. Ils se sentent complètement exclus de la société libanaise et sont « ghettoïsés » dans le camp. Heureusement, le plupart sont néanmoins scolarisés, mais un nombre croissant d’enfants semi-analphabètes décrochent avant le secondaire. Beaucoup optent pour des formations professionnelles. Les enfants ont du mal à étudier, car ils savent qu’ils ne trouveront pas de travail au Liban. Presque tous rêvent de s’installer dans un autre pays ou de rentrer chez eux un jour.

Pistes de travail

À la recherche des origines

Sur un peu plus d’une heure de film alternant entre stop motions et dessins, Mats Grorud nous présente la jeune Wardi qui vit à Beyrouth, dans le camp de réfugiés où elle est née. Un jour, cette petite fille de 11 ans reçoit de son grand-père adoré la clef de la maison dans laquelle il habitait en Galilée avant de fuir les conflits.
Wardi comprend alors que son aïeul a perdu l’espoir d’y retourner un jour… Pour le lui faire retrouver, elle se met en quête de ses origines. Tour à tour, la fillette interroge les membres de sa famille vivants, eux aussi, dans le camp de Burj el Barajneh. Chaque témoignage, parfois présenté sous forme de flash-back, est l’occasion pour Wardi de mieux comprendre le monde qui l’entoure et, peut-être, d’y découvrir un horizon fraternel.

Contre les haines, la tendresse

« Je voulais faire quelque chose qui ne soit pas juste un énième documentaire sur les réfugiés palestiniens des camps », explique Mats Grorud. Sans pour autant neutraliser le sérieux du récit des tragédies qui ont traversé le Moyen-Orient, le réalisateur nous conte une histoire bienveillante, optimiste et pleine d’humour.
Un ton chaleureux particulièrement servi par une double animation : des marionnettes évoluant en stop motion* pour la narration au présent et du dessin en deux dimensions pour les flash-backs.

Un récit universel

Wardi a été présenté dans plusieurs festivals internationaux dont le 42e Festival international du film d’animation d’Annecy en 2019. Ce succès sans frontières séduisant petits et grands s’explique par la portée universelle des thèmes abordés – guerre, flux du temps, oubli – ainsi qu’un équilibre savant entre comique, rappels historiques et plans contemplatifs.