Dans les cordes

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De 9’25” à 12’18” – (2’43”)*

 

* Le minutage peut varier de quelques secondes selon le mode de lecture : projecteur ciné, lecteur DVD, ordinateur…).

 

Vicky vient de se présenter à Joseph dans les vestiaires tandis que Sandra et Angie s’échauffent et se concentrent avant leur match respectif. Elles formaient jusqu’ici un couple à l’amitié solide sous la conduite apparemment bienveillante et équitable de Joseph. Mais dans cette scène, l’unité se fissure.

 

Angie et Sandra, de profil, se regardent. Elles sont en légère contre-plongée et en contre-jour. Derrière elles, le ring, fortement éclairé, encadré par un rideau, comme une sorte de scène de théâtre où va se jouer le drame. Joseph est à gauche, un peu au-dessus, comme un Dieu tutélaire, ou simplement un père, veillant sur ses créatures. La cérémonie du pendentif, qu’elles embrassent, rituel fréquent entre les deux « cousines » a un aspect sinon religieux, du moins superstitieux. Il marque l’affection et la solidarité des deux filles. Malgré un bruit assourdissant de musique dû à l’ambiance surchauffée du lieu, les baisers sont audibles, accentuant l’isolement, relatif, où elles se trouvent.

 

Le lien n’est peut-être si spontané. Le fait que le geste d’embrasser le pendentif soit repris, sans raison pratique, au plan suivant par Joseph, indique qu’il l’a sans doute lui-même instauré pour se lier à ses deux filles.

 

Le retour à Angie et Sandra achève la cérémonie et surtout, lorsque leurs deux fronts se touchent (9’29”), avec l’effet du contre-jour, les deux têtes collées forment symbolisent ce qui ne peut être séparé.

 

Pourtant, à l’appel de la voix du présentateur, la séparation doit bien avoir lieu : Sandra se dirige vers la salle tandis qu’Angie disparaît vers le bas du cadre. À gauche, Joseph veille, divinité tutélaire presque cachée dans l’ombre, comme il l’est, à sa manière, dans la vie.

 

Isolée, des ombres dont celle de Sandra passant sur son visage, un peu écrasée par une légère plongée, Angie noue seule le pendentif de Sandra autour de son cou. Elle aussi semble attendre la lumière, son tour d’être au centre de cette lumière.

 

Ce qu’elle imagine se concrétise avec le plan qui suit immédiatement, comme amené par son regard vers la droite du cadre : Sandra se jetant dans cette lumière et ses spots éblouissants. Elle se retourne vers sa cousine dans ce qui peut être l’affirmation d’un dernier lien d’affection, mais son départ semble sceller dans le même geste une séparation. Entourée des pom pom girls, Sandra entre dans un autre univers. (9’48”)

 

Une coupe brutale accentuée par l’arrêt total du son d’ambiance de la salle montre Angie en plein entraînement. Elle est toujours seule, dans un décor de salle de sport aux murs nus comme un décor zen ou de science-fiction. Ces trois plans pourraient n’être qu’une indication documentaire : l’entraînement et la concentration d’Angie avant son propre combat et la nécessité de se couper de ce qui se passe alors sur le ring. Mais le silence, la nudité du décor, la lenteur des gestes effectués dans le vide, et surtout le troisième de ces plans où la jeune femme s’approche de la caméra comme si elle voulait la combattre, avec son regard fixe, étrange, agressif, à la limite de la folie, créent une impression de malaise. Quel ennemi Angie veut-elle combattre ? La présence (logique) des deux pendentifs autour de son cou creuse encore l’interrogation : se bat-elle avec Sandra contre un adversaire inconnu ? Contre Sandra elle-même ?

 

Retour à la salle et son ambiance (10’30”). Sandra, de dos, regarde sa cousine en train de combattre. Ce faux contrechamp (autre lieu, autres sonorités) au lieu de ramener à la réalité, accentue encore le malaise : le sautillement, rituel d’échauffement banal dans le sport, donne le sentiment de prolonger les mouvements désordonnés inquiétant du plan précédent.

 

La caméra accompagne en travelling latéral l’avancée d’Angie vers le ring : le gros plan l’isole du monde qui l’entoure, la lenteur relative et la régularité du pas contrastant avec la montée de l’ambiance sonore. La caméra s’arrête pour montrer de dos la jeune femme poursuivant sa marche : elle se détache cette fois de nous, s’enfonçant dans son monde, sa fascination pour le ring et le combat. Elle se dirige vers la gauche, là où Sandra a acculé son adversaire. Nous voyons alors le combat en contre-plongée, du bas du ring, par les yeux d’Angie dont nous suivons le déplacement. C’est encore à travers elle que, à la fin du round, nous voyons Sandra rejoindre vers la gauche Joseph sûr de la victoire, puis, à droite, la perdante. Comme un balancement d’Angie : sera-t-elle l’une ou l’autre dans quelques minutes ?

 

La caméra suit alors (11’11”) le déplacement d’Angie vers la droite, comme pour aller vers le camp de la défaite, mais le point de vue s’est inversé à 180°, puisque ce n’est plus le ring qui est visible en arrière-plan mais les spectateurs. Angie souriante se tourne vers la droite, soit vers Sandra, souriante, comme rayonnante de la victoire de sa cousine. Tout semble dans l’ordre et nous pouvons assister avec elle au triomphe de Sandra sur le ring. Mais lorsque l’arbitre appelle l’adversaire de Sandra, à sa place apparaît un gros plan d’Angie, toujours souriante, mais prise sous l’angle inverse du précédent (regard vers la gauche). S’identifiant d’abord à sa cousine, Angie se trouve ainsi identifiée à son adversaire : et si l’adversaire à affronter était bel et bien Sandra ?

 

La contre-plongée nous fait toujours suivre par le regard d’Angie la proclamation du résultat, avec la coupe qui s’élève en amorce au moment où est prononcé le nom de la gagnante. Mais la caméra (le regard d’Angie) se déplace légèrement vers la gauche et isole la ronde et les congratulations de Joseph et Sandra. Le couple semble seul au monde dans l’excitation générale.

 

En contrechamp, nous retrouvons Angie, d’abord en gros plan, étonnée, souriante, puis bousculée par la foule, tandis que se renouvellent les embrassades de Joseph et Sandra. La rupture est-elle consommée ? Avant de réapparaître pour une nouvelle cérémonie des pendentifs (12’18”), Angie, emportée par la foule, est pour le moins ébranlée dans sa foi dans le couple inséparable… Mais quel couple ?

 

Photogrammes pour repérage